L'ancien policier Egisto Ott assis à la cour criminelle de Vienne, en Autriche, le 6 novembre 2024 ( AFP / JOE KLAMAR )
Un ancien policier autrichien est jugé depuis jeudi notamment pour avoir vendu des informations à la Russie, des actes susceptibles de "porter gravement atteinte à la réputation" de l'Autriche "auprès de services de renseignement amis", selon l'acte d'accusation consulté par l'AFP.
Le procès s'est ouvert à 09H00 (08H00 GMT) au tribunal de Vienne, dans une salle d'audience remplie de journalistes autrichiens et étrangers.
L'accusé Egisto Ott, 63 ans, figure imposante, est apparu tout de noir vêtu face aux caméras et n'a pas prononcé un mot.
Le parquet l'accuse d'avoir "adressé des demandes d'entraide" à l'Italie et au Royaume-Uni, qui ont eu pour effet que ces pays ont agi "à leur insu dans l'intérêt" de Moscou. Il aurait aussi "utilisé des bases de données européennes".
Entre 2015 et 2022, ce fonctionnaire aurait agi sur ordre de Jan Marsalek, ancien dirigeant autrichien du groupe allemand Wirecard, recherché pour fraude massive et soupçonné de travailler pour les services de renseignement russes (FSB), contre une rémunération de plus de 80.000 euros.
Il a notamment transmis les téléphones portables des trois plus hauts responsables du ministère autrichien de l'Intérieur, offrant au Kremlin, selon les dépositions des témoins, un accès "critique" aux "processus de décision".
Cela a également mis en danger la sécurité de réfugiés Ukrainiens et Tchétchènes en Autriche, un pays neutre membre de l'Union européenne, tout en exposant des milliers de contacts, enregistrés dans les appareils.
Les téléphones contenaient, d'après l'acte d'accusation, "des données sensibles" auxquelles les fonctionnaires autrichiens avaient eu accès "parfois de manière confidentielle par l'intermédiaire de contacts internationaux".
Un ordinateur portable "sur lequel est stocké un matériel de sécurité électronique non publiquement connu, utilisé par les Etats de l'UE pour une communication électronique sécurisée", aurait également été remis au FSB.
De conception allemande, il aurait ensuite été revendu à l'Iran.
Par ailleurs, grâce à son accès aux bases de données, Egisto Ott a transmis, selon la justice autrichienne, des informations sur des personnalités "menacées de représailles", comme un ancien espion caché à l'étranger.
Les enquêteurs ont aussi retrouvé une analyse critique qu'il a rédigé sur le modus operandi du meurtre en 2019 d'un Géorgien d'origine tchétchène à Berlin par un agent envoyé par Moscou.
Ce "mode d'emploi pour de futurs assassinats fluides et réussis sur le territoire de l'UE", selon les mots du parquet, conseillait d'éviter de rentrer dans l'espace Schengen par la France, "plus très bien disposée envers la Russie", et de passer plutôt par l'Italie.
- Un deuxième policier -
L'agent autrichien n'espionnait pas que pour la Russie.
Il est accusé d'avoir transmis à l'ancien secrétaire du ministère autrichien des Affaires étrangères le nom de trois agents secrets autrichiens qu'il pensait impliqués dans un coup monté.
Une vidéo réalisée en caméra cachée sur l'île espagnole d'Ibiza, à l'occasion de vacances de politiciens autrichiens, avait révélé des pratiques potentiellement douteuses dans la classe politique. Elle avait provoqué la chute du gouvernement en 2019.
Enfin, il aurait transmis à un ancien député autrichien d'extrême droite (FPÖ) des informations confidentielles.
Le parquet de Vienne enquêtait sur Egisto Ott depuis 2017. Il a été placé en détention provisoire entre fin mars et fin juin 2024, en raison d'un risque de commission de nouvelles infractions.
Au total, il est visé par plus d'une dizaine de chefs d'accusation, dont celui d'espionnage au détriment de l'Autriche, de corruption, de violation du secret de la fonction et d'abus d'autorité.
Ces accusations peuvent lui valoir jusqu'à cinq ans de prison, selon la presse autrichienne.
Un autre policier est aussi sur le banc des accusés, mais le parquet n'a pas pu prouver qu'il savait que les informations qu'il avait contribué à rassembler étaient destinées à la Russie.
Deux jours d'audience sont prévus pour les interrogatoires des prévenus. Les témoins seront convoqués en février, jusqu'à début mars.
Interrogé par l'AFP avant le procès, Egisto Ott s'est dit convaincu de pouvoir démontrer son innocence, dénonçant des accusations "fabriquées".

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer